Le 27 mars 1942, le premier train de déportation des Juifs de France quitte la gare de Compiègne après avoir démarré de celle du Bourget-Drancy. A son bord se trouvent uniquement des hommes qui parviennent à Auschwitz trois jours plus tard.
Ils y recevront les matricules compris entre les numéros 26 533 et 28 6442. A la fin de la guerre, une trentaine d’entre eux seulement ont survécu.
L’histoire de ce convoi, telle qu’elle a été écrite jusqu’ici, est celle d’un train composé de manière à peu près égale par deux contingents. L’un provient de la rafle d’août 1941, menée par la Feldgendarmerie avec le concours de la police française à Paris, qui entraîne l’arrestation, le 20 août dans le 11e arrondissement, puis les jours suivants dans tout Paris, de 4 232 hommes juifs qui sont ensuite conduits à la Cité de la Muette à Drancy, inaugurant ce qui allait devenir le plus grand camp d’internement des Juifs en territoire français et, pour la plupart d’entre eux, l’antichambre d’Auschwitz. L’autre contingent est constitué des hommes arrêtés le 12 décembre 1941 dans une opération menée par la police allemande sur ordre du Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF, le Commandement militaire des forces d’occupation en France) et visant principalement des Juifs de nationalité française et au statut reconnu dans les professions libérales ou comme anciens combattants ce qui lui vaudra le surnom de « rafle des notables ». 743 hommes sont ainsi arrêtés et transférés la nuit suivante, accompagnés d’un groupe de 300 détenus prélevés à Drancy , au camp de Royallieu sur la commune de Compiègne, seul camp sur le territoire français entièrement dirigé par le MBF.
Ce bref aperçu sur ces deux rafles ne suffit cependant pas à expliquer la composition du Convoi n°1. En effet, dans les dossiers de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC, située dans les locaux de l’antenne du Service historique de la Défense de Caen), on trouve la trace d’une trentaine d’arrestations dans le cadre d’opérations policières menées dans l’est de la France, principalement à Besançon et à Belfort, le 26 février 1942. Par ailleurs, l’examen attentif des dossiers des déportés de la DAVCC et des archives du Mémorial de la Shoah à Paris, montre qu’un nombre important de Juifs ont été arrêtés dans d’autres circonstances, pour diverses infractions aux lois et réglementations françaises et allemandes, entre le mois de septembre 1941 et le mois de mars 1942, avant d’être joints aux contingents qui allaient former le convoi n°1.
Parmi les raflés d’août 1941, on trouve aussi quelques hommes qui avaient déjà été arrêtés en mai 1941, lors de la rafle dite « du billet vert », et qui s’étaient évadés ou avaient été libérés des camps du Loiret.
Nicolas Morzelle (LE CONVOI N°1 DU 27 MARS 1942 – ENTRE PERSECUTION ET REPRESAILLES : LE PREMIER CONVOI DE DEPORTATION DE JUIFS DE FRANCE)
